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samedi 8 août 2015

Un terrifiant puzzle psychique



Puzzle


De Franck Thilliez


Puzzle est un thriller brillamment construit où les références littéraires et cinématographiques s’intègrent parfaitement dans le roman.
L’intrigue s’amorce par l’assassinat de huit randonneurs en raquettes qui se font trucider pendant leur sommeil. L’arme utilisée est un tournevis orange. Sur les lieux, un homme est retrouvé, effondré, ne se souvenant plus de rien. Il se retrouve dans un hôpital psychiatrique pour retrouver la mémoire et les réponses à ses questions.
Puis ensuite surviennent deux autres protagonistes, Ilan et Chloé qui cherchent à participer à une ultime chasse au trésor. Cette chasse au trésor dont on ne peut en avoir les informations seulement sur le web, porte le nom de « Paranoïa ». Cette chasse au trésor les conduit dans un hôpital psychiatrique désaffecté. Là, ils rencontrent d’autres concurrents sélectionnés qui semblent plus ou moins fiables pour le binôme. Ces rivaux vont pousser Ilan à se remettre en question. Les énigmes qu’il devra déchiffrer vont l’amener à confronter ses terreurs les plus intimes. Les indices vont s’accumuler afin qu’il découvre l’ultime but de ce jeu hors norme. 

Une des règles de ce jeu : « Quoi qu’il arrive, rien de ce que vous allez vivre n’est la réalité. Il s’agit d’un jeu. »
Puis une autre règle : « L’un d’entre vous va mourir. »

Thriller à huis clos dont on ne manquera pas de penser au film The Game avec Mikael Douglas, et au roman de Stephen King , Shining. Ce dernier est d’ailleurs évoqué par l’un des personnages du roman.
L’efficacité de ce thriller tient par son suspense et rebondissements. Les références à la mythologie grecque affluent aussi. On ne cesse d’essayer de deviner le dénouement, mais l’auteur ne cesse de nous dérouter et de nous surprendre. C’est un puzzle psychique très dur à assembler dont la dernière pièce, vous le verrez, vous échappera. Ce qui pourrait donner une suite à ce roman !

  Céline B.

samedi 3 janvier 2015

Un rocher sacré, des plateformes pétrolières, des plongeurs et éleveurs Sami survivant en eaux troubles.



Le Détroit du Loup
 Olivier Truc 
Dans le Dernier Lapon, Olivier Truc met en scène un binôme de policiers, Klemet et Nina qui doivent mener une enquête parmi les éleveurs de rennes mêlant chamanisme et culture Sami. Ici, Olivier Truc nous entraine dans le monde des plongeurs qui travaillent sur les plateformes pétrolières en Norvège. La culture Sami est toujours présente car un conflit se dresse entre les éleveurs et les prospecteurs étrangers qui veulent agrandir leurs zones de forage.
Le roman débute sur la mort d’un éleveur qui tente de faire traverser son troupeau de rennes dans une rivière : meurtre ou accident ? C’est ce que Klemet et Nina devront trouver. A partir de cet événement, d’autres morts mystérieuses vont s’ensuivre dont celle du maire près du rocher sacré menacé d’être arraché pour être posé ailleurs afin de construire une route pour accéder à un futur site pétrolier.
Problèmes de territoires, de traditions, de transactions immobilières et du réchauffement climatique s’entremêlent dans ce polar et font émerger des personnages attachants comme Sormi un plongeur doué, Anneli éleveuse de rennes et veuve qui rappellent un peu le personnage d’Aslak dans Le Dernier Lapon. Peu à peu, nous découvrons le milieu dur et impitoyable des plongeurs travaillant sur les sites de forage et surtout l’évolution de de leur histoire et l’utilisation des caissons de décompression. Ce fut une époque aussi où on expérimentait la décompression et des éleveurs Sami, à qui on leur avait fait perdre leurs pâturages et donc leurs troupeaux étaient devenus « plongeurs » sans savoir nager seulement pour faire l’objet d’expérimentations scientifiques. C’est alors que les abus, accidents ont traumatisé bien des familles, Sami ou non.
Ce polar bien ficelé fait surgir des questionnements sur le réchauffement climatique et ses causes :
 p 274 : « Il était connu dans le temps un éleveur qui vivait à l’ancienne. Il ne lui avait jamais parlé. Mais il l’avait observé» de loin. Un gars qui gardait encore ses rennes à ski. Un illuminé, encore comme Erik Steggo finalement, un gars qui refusait le progrès, à son goût, et qui surtout vivait dans une bulle, refusant de voir que le monde changeait. Garder ses rennes à ski ou à cheval, à quoi ça menait tout ça, alors que le réchauffement climatique, les compagnies minières et les multinationales pétrolières étaient en train de tout réduire à néant. » 
 et aussi sur l’exploitation des plongeurs,
 p394 : « C’était comme sur ses plateformes, vous comprenez, si tu l’ouvrais, hop, le premier hélico, back home, bye bye tout le monde, adieu la belle vie, les Rolex et les bagnoles de sport, les nanas à gogo. Alors on fermait sa gueule, on serrait les dents, pour pas se retrouver sur les listes noires. Parce que si t’allais voir le toubib, ça revenait à trahir la compagnie, vous pigez ? La plongée profonde était centrale pour le développement du plateau continental. Sans plongeur, pas de pétrole, c’est aussi simple que ça. »
Ce polar nous fait découvrir une autre histoire du devenir de la culture Sami et à quel prix nous avons accès au pétrole et les enjeux à terme.
Encore une belle histoire même si j’ai préféré le Dernier Lapon.


  Céline B.

vendredi 21 novembre 2014

Une touche macabre dans les Nymphéas de Monet




Nymphéas Noirs

de

MICHEL BUSSI



Comme le présage le titre, l’intrigue policière prend sa source dans le ru qui traverse Giverny, le village de Claude Monet. Trois voix se superposent, celles de trois femmes, qui vous narrent cette histoire où meurtres et tableaux des nymphéas de Monet se mêlent par jeu de miroir et de touches impressionnistes. Et oui l’impressionnisme est présent à chaque page. Ces trois femmes qui nous accompagnent tout au long de ce polar, apparaissent sous les traits d’une petite fille, Fanette qui désire devenir une artiste peintre et souhaite réinventer les nymphéas de Monet, Stéphanie Dupain, la jeune institutrice au regard « nymphéas » qui va envoûter l’inspecteur et la vieille dame aigrie et méchante qui épie tout ce qui se passe du haut de son moulin et qui semble tout savoir, mais ne nous dévoile rien.
Le meurtre d’un habitant du village, Jérôme Morval va diriger les policiers sur plusieurs sur plusieurs pistes : affaire de tableaux sur le marché de l’art, jalousie d’un mari car ce Jérôme Morval avait des maîtresses et bien d’autres interrogations émergent de ce meurtre.
Michel Bussi nous plonge dans ce décor de son  pinceau habile et réussi à nous surprendre sur le dénouement qui nous laisse la gorge serrée.
Un polar surprenant dans sa forme qui vous plonge néanmoins dans l’histoire de ce village et des peintres qui l’ont habité.

  Céline B.

dimanche 27 avril 2014

Polar : entre meurtre et tambour chaman en Laponie

Le Dernier Lapon



Olivier Truc


Journaliste pour Le Monde et Le Point et correspondant vivant à Stockholm, il est un spécialiste de la culture nordique, baltique. Dans ce premier roman, roman policier qui a reçu le prix Quais du polar 2013 et le prix Mystère de la critique en 2013 aussi, Olivier Truc nous plonge dans la culture des Sami dont très vite on en saisi la complexité et surtout notre manque de connaissance.







 Le peuple Sami



Ce peuple autochtone recouvre une zone très vaste allant du nord de la Suède, de la Norvège et de la Finlande ainsi que la péninsule de Kola en Russie. Autrefois ils vivaient de pêche, d’élevage de rennes mais seulement 85000 Sami en vivent encore.

Ce peuple aborigène vécut bien des outrages à leur culture et civilisation avec tout d’abord l’évangélisation des pays scandinaves qui débutèrent au XIIème siècle.

Leur religion à base de chamanisme connut donc un déclin dès l’époque médiévale pour laisser place au christianisme.

Leurs connaissances, leur histoire ne se transmettaient que par voie orale en particulier à travers leur chant traditionnel appelé joïk, chanté a cappella où les sons lents montent du fond de la gorge et sont emplis de colère et de douleur. Les missionnaires et pasteurs les qualifiaient de « chansons du diable ». Ces "joïks" étaient aussi scandés au rythme des tambours Sami par les chamans.

Le roman.

C’est un polar très finement construit qui oscille bien entre les techniques du roman policier et le roman ethnologique. Tout d’abord, on se retrouve avec un mystérieux tambour Sami disparu, volé puis le meurtre d’un éleveur de rennes Sami. Deux policiers sont affectés à l’enquête, mais ce n’est pas la police ordinaire. C’est la police des rennes, celle qui est affectée à gérer les « querelles » entre éleveurs et à maintenir l’ordre entre la culture Sami et les scandinaves du sud.
Nous avons donc un binôme de policiers, dont l’un est d’origine Sami, proche de la retraite et l’autre est une jeune policière qui sort de l’école et qui ignore tout de la culture Sami.
Ce duo nous entraîne donc dans ce monde inconnu, dans une ambiance polaire où les paysages d’hiver où le soleil n’est visible que quelques minutes sont magnifiquement décrits. Peu habituée à ce monde nouveau et mystérieux, nous apprenons tout à travers le regard de cette jeune policière.

Tambour Sami
Ainsi l’éleveur Mattis que nous rencontrons au début du roman est retrouvé poignardé et les oreilles tranchées. Homme solitaire et buveur, sa mort provoque bien des rumeurs et réveille des vielles histoires et querelles. Le vol du tambour aussi. Soixante et onze authentiques tambours Sami sont répertoriés et connus des spécialistes. Or celui-ci suscite bien des interrogations sur son authenticité et les causes de sa disparition.
La population Sami se trouve chamboulée à cause de ce meurtre et du vol du tambour. Des liens entre les deux ? Les jeunes policiers, Klemet et Nina n’osent pas de suite y penser. Trop de choses entrent en jeu avec les enjeux politiques entre les différents partis et la venue à Oslo de l’ONU pour une conférence.
Ils devront donc jouer les fins limiers pour déjouer les plans des policiers de la ville qui veulent classer l’affaire, car le tambour chaman et les démêlés avec la population Sami peuvent « entacher » cette conférence et la réputation des pays scandinaves.
Klemet et Nina vont tenter de retrouver ce tambour chaman qui semble recéler de lourds secrets et en parallèle, un français géologue réputé pour ses compétences mais aux mœurs répugnantes va aussi intervenir pour une espèce de chasse au trésor après qu’un vieux paysan lié aussi à l’enquête lui confie une vieille carte géologique qui indiquerait l’emplacement d’un gisement d’or.
C'est dans cette quête que nous découvrons tout le passé colonial et toutes ses exploitations minières qui ont scarifié ce territoire et spoliés les Sami dans leur être et dans leur chair.

De fil en aiguille, les retournements de situation se succèdent, de nouvelles pistes s’affinent dans ces décors de Laponie où des personnages très attachants et mystérieux émergent comme Aslak, le dernier éleveur de rennes qui n’accepte aucun appareil technologique ou moderne. Il ne se déplace qu’à ski sur des distances insoupçonnables pour garder ses rennes et ne possède qu’une vieille radio dans son gumpi. Les autres éleveurs le craignent mais le respectent aussi. Sa carrure, son silence, son regard, son mode de vie en imposent même au lecteur. Il sera présent pendant tout le roman même dans les passages où on ne parle pas de lui. Cette présence forte incarne toute l’âme lapone qui se bat pour perdurer dans un avenir incertain.

Durant ce roman de plus de 500 pages deux questions nous taraudent:
Pourquoi cet éleveur eut les oreilles tranchées et marquées comme les oreilles des rennes ?
Quel message ou magie cache ce tambour ?

Excellent polar qui vous surprendra avec tous ses rebondissements, la richesse culturelle et celle des êtres qui peuple la Laponie. On aimerait aussi connaître une suite avec ce duo de policiers profondément humains.

Voici un Joïk:




  Céline B.

vendredi 3 janvier 2014

Un généalogiste mène l'enquête



CODE 1879

Les enquêtes du généalogiste


Dan Waddell

Dan Waddell débuta sa carrière comme journaliste puis à la naissance de son fils, il s’intéressa de près à la généalogie à la recherche de ses propres origines. Ainsi il découvre un secret de famille et réalise que le passé influe énormément sur la personnalité. C’est alors qu’il commence à écrire une série policière mettant en scène un généalogiste qui collabore avec les policiers afin de trouver les meurtriers en cherchant dans le passé des victimes.
Ce premier roman se passe à Londres à notre époque où une série de meurtres sont commis dont aucun lien ne semble unir les victimes. Hors lors d’une autopsie, on découvre une série de chiffres qui pourraient révéler un code ou une date. C’est ainsi qu’un policier fait appel à Nigel Barnes, généalogiste.
 Ainsi en parallèle de l’enquête policière, nous plongeons dans l’univers de la généalogie et de l’origine des noms. Mais ce n’est pas tout. Le travail de Nigel Barnes nous fait voyager dans le passé, dans le Londres de l’époque victorienne avec ses anciennes rues au passé obscure, ses anciens quartiers, ses mystères et ses histoires criminelles.
Puis nous apprenons que la généalogie ne suffit pas pour réveiller le passé. Il y a la psychogéographie. 

« - Et la psychogéographie ? 

 - Selon Barnes, c’est la théorie selon laquelle certains endroits portent les traces, les stigmates du passé. Et ces endroits peuvent avoir un effet sur les émotions, le comportement et les actions des gens. »

Entre parenthèses, la psychogéographie fut définie en 1955 par Guy Debord en ces termes : « la psychogéographie se proposerait l'étude des lois exactes, et des effets précis du milieu géographique, consciemment aménagé ou non, agissant directement sur le comportement affectif des individus. » 

Mais il n’y a pas qu’à Barnes que la psychogéographie donne de l’inspiration. Le meurtrier aussi :
« -Vous connaissez la psychogéographie ?

 C’est une théorie selon laquelle notre environnement a un impact sur nos émotions et notre comportement. J’ai parcouru les mêmes rues que celles de mon ancêtre trouvait ses proies. Je suis né à une rue de là où il a massacré sa famille. J’ai appris ce qu’il a fait et la manière dont il a échappé à la justice. Comment, depuis, ma famille a dû supporter cette infamie. »

Voilà un polar bien original qui utilise un généalogiste pour démêler les intrigues et aider la police. Tous les ingrédients sont là, l’atmosphère sombre et brumeuse de Londres, les meurtres à venir le suspense et ces retours sur le passé nous transportent et nous divertissent bien. A découvrir et la suite semble prometteuse !

  Céline B.